Confier son enfant à un homme nounou :
une réflexion sur nos peurs, nos biais et la confiance
Quand on devient parent, on cherche forcément le meilleur pour son enfant. Et quand il faut le confier à quelqu’un d’autre, la question de la confiance prend une place énorme.
Crèche, nounou, école, assistante maternelle… on essaie de faire les bons choix, avec les informations qu’on a, notre ressenti, nos expériences passées et aussi, parfois, nos propres peurs.
Chez nous, les expériences ont été très différentes.
Nous avons connu une première nounou avec laquelle cela s’est très mal passé. Puis une autre absolument merveilleuse.
Nous avons aussi connu une même crèche qui s’est très bien passée pour l’une de nos filles, puis beaucoup moins bien quelques années plus tard pour l’autre, notamment parce que l’équipe et le management avaient évolué.
Avec le temps, j’ai donc appris une chose assez simple : une étiquette, un statut ou une structure ne suffisent pas à garantir que tout se passera bien.
Et récemment, une autre question m’a fait réfléchir.
Est-ce que j’aurais confié mon enfant à un homme ?
Je l’ai rencontré dans un LAEP à Marseille.
Nous sommes devenus proches avec le temps. Je l’ai vu avec sa fille, avec d’autres enfants, dans sa façon de les écouter, de prendre en compte leurs besoins, de jouer avec eux et de leur parler.
C’est quelqu’un en qui j’ai confiance.
Aujourd’hui, il travaille comme nounou à domicile, ou plus précisément comme auxiliaire parental.
Et en voyant passer plusieurs fois son annonce, je me suis demandé s’il avait plus de difficultés à trouver des familles.
Cette simple pensée m’en a amené une autre, beaucoup plus personnelle :
si je ne le connaissais pas, est-ce que j’aurais spontanément choisi un homme pour garder mon enfant ?
Et je ne suis pas certaine que la réponse aurait été oui.
Des craintes qui ne viennent pas de nulle part
Je ne pense pas que cette hésitation soit seulement liée au fait que les hommes sont encore peu nombreux dans les métiers de la petite enfance.
Il existe aussi des peurs plus profondes.
On parle aujourd’hui davantage des violences faites aux enfants, des agressions sexuelles, de la pédocriminalité. La parole se libère, les parents sont plus informés et probablement aussi plus vigilants.
Et cette vigilance est évidemment importante.
Mais je me suis demandé jusqu’où ces peurs pouvaient aussi influencer notre regard sur un homme simplement parce qu’il choisit de travailler auprès des enfants.
Parce qu’entre être vigilant et considérer spontanément qu’un homme inspire moins confiance qu’une femme, la frontière peut parfois devenir floue.
La confiance ne se résume pas au genre
Ce qui m’a surtout fait réfléchir, c’est ma propre expérience.
J’ai déjà confié mon enfant à une femme qui, finalement, n’était pas la bonne personne.
Et aujourd’hui, je connais un homme à qui je confierais sans hésiter un tout-petit.
Ce n’est évidemment pas une démonstration selon laquelle les hommes seraient aussi bons ou meilleurs que les femmes auprès des enfants.
Ce n’est pas vraiment le sujet.
Les femmes occupent historiquement et très largement les métiers du soin et de la petite enfance. Elles ont aussi souvent une expérience très directe de ces sujets.
Mais cela n’empêche pas certains hommes d’y avoir pleinement leur place.
Et surtout, cela m’a rappelé que la confiance se construit sur beaucoup plus de choses : le comportement d’une personne, sa façon d’interagir avec l’enfant, son expérience, ses références, sa transparence, les garanties que l’on peut obtenir, mais aussi ce que l’on ressent en la rencontrant.
Pas uniquement sur son genre.
Et la place des pères dans tout ça ?
On parle beaucoup aujourd’hui de la place des pères.
On souhaite qu’ils soient plus présents, plus impliqués, qu’ils prennent davantage leur part dans l’éducation et le quotidien des enfants.
Mais sommes-nous toujours aussi à l’aise lorsque cette implication dépasse le cadre de leur propre famille ?
Lorsqu’un homme choisit de devenir professionnel de la petite enfance, nounou, auxiliaire parental, éducateur ou sage-femme, par exemple, notre regard est-il exactement le même ?
Je n’en suis pas certaine.
Et je ne dis pas cela pour culpabiliser les parents qui auraient des réticences.
Je me suis moi-même rendu compte que j’en avais.
C’est justement pour cela que cette situation m’a intéressée : elle m’a obligée à questionner un réflexe que je n’avais jamais vraiment formulé.
Pas de grande conclusion, juste une question
Aujourd’hui, si j’avais encore un tout-petit à faire garder, je lui confierais mon enfant sans hésiter.
Parce que je le connais.
Parce que j’ai vu la personne qu’il est avec les enfants.
Et parce que ma confiance repose aujourd’hui sur quelque chose de beaucoup plus concret que le fait qu’il soit un homme ou une femme.
Je n’ai pas vraiment de grande conclusion à tirer de tout cela.
Simplement cette idée : parfois, devenir parent nous oblige aussi à regarder nos propres peurs, nos habitudes et nos représentations d’un peu plus près.
Et vous, est-ce que le fait qu’une nounou soit un homme pourrait influencer votre choix ?












